L’Agriculture, un domaine qui n’attire pas la jeunesse camerounaise

Le reproche que l'on fait le plus souvent à l’État, c’est celui d’avoir de bonnes idées, mais qui peinent à sortir des tiroirs.

Depuis quelques années déjà, l’état camerounais met tout en œuvre pour que les jeunes du pays ou de la diaspora s’intéressent un peu plus à l’agriculture, car ce serait un moyen idéal pour se développer de manière réelle. De nombreuses structures de formation soutenues par le canal de certains programmes d’agriculture mises en place, peinent à drainer du grand nombre.

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À la fin de la formation, ceux qui ont participé, reçoivent la plupart du temps des dons divers en matériels comme les machettes, brouettes et autres. Cependant, malgré ces efforts plus ou moins importants, l’agriculture est snobée par les jeunes camerounais, pas seulement parce qu’ils  préfèrent d’autres filières qu’ils pensent plus intéressantes, mais surtout à cause de certains manquements des agents de l’administration. Mais pourquoi cette attitude, lorsque l’on sait que des pays sont devenus émergents grâce à l’agriculture ?

Insuffisance des actions de l’Etat

Le reproche que l’on fait le plus souvent à l’État, c’est celui d’avoir de bonnes idées, mais qui peinent à sortir des tiroirs. On ne compte plus les nombreux projets innovants visant à développer l’agriculture au Cameroun dont la gestion à tuer les rêves de certains jeunes.

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C’est le cas par exemple du « Plan Triennal Spécial Jeune », prescrit par le Président de la République en personne le 10 février 2016 lors de son discours en prélude au cinquantenaire de la fête de la jeunesse. Ce plan doté d’une enveloppe de 102 milliards était censé aider 1 millions et demi de jeunes à se lancer dans l’entrepreneuriat, notamment dans l’agriculture. Lancé en 2017, il n’a même pas pu satisfaire 50 000 jeunes à cette date. Car de nombreux projets validés attendent encore un financement qui n’arrive malheureusement pas.

Mais à côté de cela, il y a aussi la question foncière. C’est un peu curieux de savoir que, le garant des terres de la nation n’arrive pas à faciliter aux jeunes agriculteurs l’accès à un titre foncier. Pourtant, ce document permettrait à toute personne de solliciter plus facilement un crédit à la banque afin de lancer son activité.

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Il y a aussi le fait que, l’État ne communique pas assez sur les programmes qu’il met en place pour permettre aux jeunes de suivre des formations dans la filière agricole. On peut par exemple citer le Programme d’appui à la formation professionnelle agropastorale et halieutique (PCP-Afop), qui a déjà formé plusieurs jeunes camerounais, dont les actions sont méconnues du grand public.

Problèmes logistiques et infra structurels

La route est un élément important pour les agriculteurs car, après avoir cultivé dans les champs qui sont souvent généralement éloignés, il faut amener les marchandises vers les marchés, ou simplement dans des lieux où elles peuvent être écoulées. Une bonne route, facilitera donc cette activité-là. Malheureusement, le transport n’est pas chose facile, et ceci est dû à un état de détérioration avancé des routes. À cela, il faut aussi ajouter le manque de facilités en termes d’accès à l’eau et à l’énergie.

Ce qui entraîne de risques trop importants pour une éventuelle production, parce que la conservation, la commercialisation et le stockage sont soumis à des difficultés.

Selon une étude menée par le Programme Alimentaire Mondial (PAM), seul un village sur 5 est desservi par une route bitumée, deux tiers par une route non bitumée et le reste par un chemin ou une piste de brousse.

Dans les deux tiers des villages enquêtés, plus de la moitié sont inaccessibles pendant la saison des pluies. Ceci entraîne alors une perte considérable des productions. Surtout que, les moyens de conservation et de stockage sont quasi inexistants.

Accès au financement

Pour pouvoir lancer une culture ou alors une activité agricole, il est nécessaire d’avoir une somme d’argent bien définie. Il faudra payer des semences, des engrais et beaucoup d’autres choses. Sauf que, il est difficile pour un jeune chômeur de se fournir lui-même cette somme. Et les banques ou institutions financières qui devraient aider les jeunes, ne sont malheureusement pas à la hauteur. Et on peut le voir dans deux cas.

Dans le premier cas, la banque peut financer le projet de manière partielle. C’est exactement ce qui est arrivé à Yvan Tchouta, jeune agriculteur de Bagangté. Au lieu de trois (3) millions FCFA comme il avait sollicité pour lancer un champ de tomate, il a reçu un tiers de la somme, soit 1 million de FCFA. Ceci l’a mis dans une situation délicate, car il a dû faire toute une gymnastique pour trouver le reste afin de réussir à concrétiser son projet. Face à cette situation, un autre jeune aurait pu baisser les bras et refuser ce prêt bancaire, puisque ne pouvant pas compléter le reste de la somme.

Dans le second cas, les banques refusent complètement le financement du projet et ceci, malgré des garanties. C’est le cas notamment du jeune homme de 34 ans William Mouachi Ngameni qui a sollicité un prêt à la banque pour acheter un tracteur, afin d’accroitre sa production en maïs. Après un nombre incalculable de démarches, sa banque n’a jamais donné suite à ses attentes.

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De ce qui précède, les jeunes camerounais ne s’intéressent pas encore assez à l’agriculture. Et ceci pour plusieurs raisons ou situations présentes sur l’étendue du territoire national. La principale raison dont les autres sont tributaires, est celle de l’enclavement des zones rurales. Le gouvernement devrait donc mettre un point d’honneur en construisant d’avantage de routes, car « là où la route passe, le développement suit ». 

Charles Binelli      

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