Les populations camerounaises à bout de souffle

Le non-respect des mesures barrières plonge les autorités, ainsi qu’une bonne partie de la population dans une situation inquiétante. Et pour celle-ci, la solution serait d’appliquer les amendes.

Il y a encore quelques mois, se laver les mains avec de l’eau et du savon, tousser dans son coude ou encore porter un masque faisaient partie du quotidien des populations camerounaises. Un rituel auquel tout le monde devait se plier. Que ce soit dans les lieux public ou encore dans les domiciles. Ces mesures préconisées par l’organisation mondiale de la santé, et mis en application par les autorités n’avaient pour seul but que de contrer au maximum la propagation de la covid-19.

Pour cela, les autorités ont dû faire preuve de beaucoup de pédagogie consistant à encourager les uns et les autres à s’y conformer. Passant par une communication agressive sur plusieurs formats de diffusion, mais aussi par des méthodes dissuasives.

Seulement, plus le temps passe, plus le relâchement est perceptible au sein des populations. Elles ont tout simplement repris leurs bonnes vieilles habitudes. À croire qu’on en a fini avec la covid-19, ce qui n’est pourtant pas le cas.

Ce sont au total treize mesures restrictives qui avaient été annoncées par le gouvernement . Bien que salutaires pour la santé des populations , la plupart d’entre elles n’ont jamais fait l’unanimité.

Au menu des récriminations, il y avait la polémique autour de l’obligation du port du masque dans les lieux publics. La majorité trouvait ce nouveau accessoire très gênant dans l’exercice de leurs activités quotidiennes. Ce qui à leurs yeux présentait un gros risque pendant la manœuvre. Également les salutations avec le coude en lieu et place des mains fermement serrées, beaucoup l’ont  mal vécu. Mais le plus difficile était le respect de la distanciation sociale. Sur ce pan, les familles qui devaient célébrer un mariage ou encore organiser une veillée mortuaire n’avaient vraiment pas le choix.    

Le gouvernement camerounais en adoptant les mesures d’assouplissement croyait pouvoir maîtriser le respect des mesures barrières. Quelques mois après le déconfinement, le constat est autre.  La première observation qui saute aux yeux et pas des moindres, c’est le nombre de personnes dans les lieux publics qui ne portent pas les masques.

Des images qui étaient difficiles de voir aux premières heures où le niveau d’alerte de la pandémie était à son pic. Personne n’avait le droit de sortir sans masque. Les tenanciers de bars ou encore des snacks qui avaient mis un doigt d’honneur aux respects de ces mesures ne tiennent plus rigueur aux clients qui ne portent plus les masques.

Une attitude condamnable qui témoigne aussi le désespoir de ces entrepreneurs qui veulent à tout prix sauver leurs activités. Dans ces milieux, les retrouvailles vont bon train, assis en groupe d’amis, les échanges n’en finissent plus. Entre éclat de voix et fou rire, les bouteilles de bières se vident au rythme des commandes. Accolade par ci, bisou par-là, et les mains qui se touchent en un claquement de doigt pour donner à la conversation tout son pesant d’or.

Dans les transports en commun l’anarchie a repris son droit de cité. Pendant la crise, il avait été demandé aux chauffeurs de taxis, de motos d’éviter la surcharge. Ce qui n’est plus le cas, tout le monde ou presque est rentré dans l’ancienne formule.

Considérés comme une zone à risque depuis le début de la crise sanitaire, les activités ont repris de plus belle au niveau des marchés. Au mépris du respect des consignes de distanciation sociale. Les étals ne sont pas espacés, l’hygiène des espaces marchands n’est plus assurée. La protection des aliments ne préoccupe plus les commerçants qui les laissent à la merci des clients.

Des gestes à risque pour la santé des populations. Dans certaines boutiques du quartier, les seaux d’eau ne servent qu’à orner les entrées. Quand bien même il y a tout le nécessaire, les clients ne prennent plus la peine de se laver les mains comme avant. Le boutiquier aussi de son côté n’ utilise plus le gel hydro-alcoolique pour se nettoyer les mains après avoir manipulé l’argent. 

Le non-respect des mesures barrières plonge non seulement les autorités, ainsi qu’une bonne partie de la population dans une situation inquiétante. D’ailleurs certains estiment que l’on doit sévèrement réprimander les personnes qui violent ces mesures.

Dans une noté signée le 13 mai 2020, le ministre Georges Elanga Obam avait instruit les collectivités communales à mettre un accent tout particulier sur le respect des mesures barrières en utilisant tous les moyens de coercition. Le tout dans le stricte respect de la loi. Dans certaines mairies, les amendes étaient fixées entre 500 FCFA et 2000 FCFA.

Pour toute personne qui ne portait pas un masque. Les mairies avec le soutien des forces de sécurité avaient donc pour mission de veiller à cela. Une fois de plus la mesure a buté sur le principe de la tolérance administrative.

Mais pas que pour cela. En fait, les autorités ont fait machine arrière pour la simple raison qu’elles ne voulaient pas faire face à une autre crise sociale. Car, faire payer une amende à une personne qui a déjà la peine à joindre les deux bouts, cela ne peut que dégénérer par des troubles d’humeur des populations.

Cela ouvre aussi le champ à certaines dérives, comme la corruption ou encore les raquettes des agents sur le terrain. Les messages de sensibilisation continuent d’être véhiculés tout en espérant que la population camerounaise prennent conscience du danger.

Avec la rentrée scolaire qui approche à grand pas, comment rassurer les parents sur la sécurité sanitaire de leurs enfants ? 

Charles Binelli

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