La crise sanitaire face à la crise du chômage au Cameroun

Une situation déjà alarmante qui s’est malheureusement empirée avec le débarquement du covid-19 dans le pays.

Avant la crise sanitaire, il faut dire que le Cameroun souffrait déjà d’un grave problème de sous emplois. Selon les données de la Conférence Internationale de clôture du projet d’amélioration des politiques d’emploi jeune en Afrique, tenue du 20 au 24 juillet, les jeunes du pays étaient à 70% en situation de sous emploi.

Difficultés des Entreprises

Dans un rapport sur l’impact du coronavirus dans le milieu des affaires, le Groupement Inter-patronal du Cameroun(GICAM) souligne que 87% des entreprises ont procédé à des mises au chômage ou à des réductions d’effectifs. Pour mieux observer cette situation, il convient de disséquer certains secteurs. Le tout premier qui souffre silencieusement, c’est celui des auto-écoles.

Pour limiter la contamination du virus au sein de la population, le gouvernement a pris la mesure de fermer toutes les auto-écoles du territoire national. Une décision terrible pour les personnes qui y exercent car tous seront mis au chômage, soit environ 6000 travailleurs. Et malgré les dernières décisions prises par le chef de l’Etat, afin de soulager les secteurs les plus touchés par la crise, ces établissements restent dans la même souffrance à l’heure actuelle.  Un autre domaine est aussi durement éprouvé en cette période : il s’agit de l’hôtellerie.

Après la sortie du Premier Ministre Dion Ngute le 17 mars dernier, au cours de laquelle il a annoncé la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes, et aussi, l’interdiction des cérémonies, le secteur de l’hôtellerie a pris un coup de massue.

En effet, ces établissements tirent leur plus grand revenu des étrangers qui viennent soit pour le tourisme soit pour des missions internationales, et aussi des célébrations grand public comme des conférences, des séminaires ou des banquets. Ainsi, depuis cette fameuse date du 17 mars, la situation de ces établissements a entamé une longue descente aux enfers ; et même maintenant, rien n’a l’air d’augurer un changement dans le bon sens. Les exemples de l’hôtel Somatel et de la chaine hôtelière La Falaise en sont la preuve.

Effectivement, à l’hôtel Somatel, seuls 7 employés sont encore en service actuellement sur une cinquantaine il y a quelques semaines. La chaîne d’hôtel La Falaise quant à elle, a fermé deux de ses établissements ; plongeant par cette occasion une bonne partie du personnel dans le chômage. Enfin, l’autre secteur qui témoigne de l’augmentation du chômage est celui de l’impression du textile.

Après l’annulation des célébrations grand public, comme par exemple la fête du travail,  les acteurs de l’impression sur des tissus divers ont été frappés de plein fouet. Pour ces derniers, cette fête représente environ 90% de leur chiffre d’affaire annuel. Car, plusieurs sociétés passent des commandes d’impression de tee-shirt, casquettes, parapluies, banderole… Ce manque à gagner terrible est à l’origine de la mise au chômage du personnel dans ces institutions.

En somme, les moyens pris en compte pour lutter contre le coronavirus ont créé une atmosphère chaotique au sein des entreprises au Cameroun. Et ceci a entraîné une augmentation sans précédent du chômage. Mises à part les entreprises, la couche de l‘informel connait aussi des difficultés importantes.

Crise du secteur informel

Au Cameroun, le secteur qui emploi le plus de personnes est celui de l’informel. Tout comme les entreprises, ce dernier est à l’heure actuelle durement touché à cause du coronavirus. Pour mieux saisir cette réalité, on va s’intéresser à certaines filières.  On peut commencer par parler des travailleurs qui font dans les grillades à proximité des bars.

Celles qu’on appelle d’habitude les « braiseuses de poisson » et les vendeurs de soya vivent une situation particulièrement difficile. Et ceci depuis qu’il avait été instruit par le chef de l’Etat  de la fermeture des bars et débits de boissons à 18 heures. La majeure partie de leur clientèle est constituée des personnes qui boivent dans ces lieux.

Et malgré les mesures d’allègement qui ont été prononcées par le gouvernement, le marché de ces travailleurs de nuit n’a pas pu retrouver son plein régime. Et la raison est simple, les gens ont pris conscience que la meilleure façon de se mettre à l’abri du coronavirus, c’est de limiter les sorties. Face à cette situation, la plupart des acteurs de ce commerce ont arrêté le travail. De plus, les commerçants ambulants aussi n’arrivent plus à trouver la motivation de sortir chaque matin.

Dans tous les marchés au Cameroun, les commerçants se plaignent de plus en plus de la rareté des clients. Les attroupements étant considérés comme les lieux à haut risque, ces derniers, par peur de contracter le coronavirus, préfèrent ne pas sortir. Les bayam sellam n’ont plus la possibilité d’aller acheter la marchandise en zone rurale.

Du coup, l’activité dans les marchés est en stand-by. Les jeunes qui avaient pour habitude de décharger et de transporter les marchandises voient n’ont plus de quoi se faire de l’argent. Les collecteurs d’impôt journalier n’ont plus aussi d’activité, c’est tout un écosystème qui est asphyxié. Malgré les beaux discours qui fussent de part et d’autre, beaucoup de travailleurs n’ont toujours pas repris le chemin de leurs activités. Et personne ne sait quand cela va changer.  

Charles Bineli

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