Radio Saved My Life acte 2: Parole aux femmes des médias

C’est très difficile pour une femme de diriger une équipe d’hommes. Il faut avoir un moral fort en tant que femme pour accomplir cela. Si tu te laisses faire, tu vas te faire marcher dessus

Les femmes de l’univers médiatique de la ville de Douala se sont données rendez-vous dans la salle de conférence du Jaba Space en ce mois de Mars consacré à la sensibilisation des droits de la femme. C’était à l’occasion de la deuxième édition du talk Radio Saved My life qui a permis de réunir deux générations de femmes des médias pour échanger sur les questions liées à l’évolution des femmes dans ce corps de métier.

Alors que le monde entier vient de célébrer la Journée Internationale de la femme sur le leadership féminin cette année. Au-delà du 8 mars qui reste une date historique, le mois de mars reste essentiellement consacré à la femme, puisque d’autres activités en lien avec cette journée sont organisées un peu partout.

C’est le cas notamment à Douala où les femmes des médias ( TV, Radio et presse écrite) se sont retrouvées autour de la plateforme Radio Saved My live pour faire entendre leur voix sur les difficultés qu’elles rencontrent au quotidien dans le cadre de leur profession. Durant plusieurs heures, on a eu droit aux échanges assez édifiants entre deux générations ( ancienne et nouvelle) de femmes des médias. Si les anciennes pensent que leurs jeunes consœurs font preuve de légèreté dans l’exercice de leur profession, en retour les plus jeunes estiment que elles ne sont pas assez soutenues par leurs ainées dans la profession. Un jeu de mots qui a permis finalement aux unes et aux autres de proposer une nouvelle approche pour mieux se soutenir d’abord entre femmes.

La rencontre qui était prévue commencer à partir de 10 heures dans la salle de conférence du JABA SPACE de Bonapriso, a essuyé un retard de quelques minutes et c’est finalement vers 11 heures qu’elle a débuté. Les nombreuses personnalités de l’univers médiatique camerounais qui étaient massivement attendues, n’ont pas toutes répondues présentes. Au finale on s’est retrouvé avec une salle ayant moins de panelistes. Malgré ses quelques disfonctionnements, le rendez-vous a tenu ses promesses et de la plus belle des manières. Après les mots d’introduction de la journaliste Aimée-Catherine Moukoury de Canal2 International, qui partageait la scène avec la communicatrice Eva Ndumbe, la deuxième édition du Radio Save My live était lancée.

La première paneliste à prendre la parole au milieu de l’assistance qui était composée pour une bonne partie de femmes : c’était Joyce Fotso. L’animatrice radio, puis télé et également directrice des programmes de Canal 2 a partagé en toute convivialité son parcours dans l’univers médiatique au Cameroun. Un parcours qui n’a pas été un long fleuve tranquille comme elle le faisait savoir. En tant que femme, il lui a été toujours difficile d’obtenir la reconnaissance de ses pairs. Une attitude déplorée par les autres journalistes dans la salle qui vivent la même expérience. Reconnaissance ou pas, il a su se démarquer des autres et c’est ce qu’elle a toujours fait. À 25 ans, elle devient la plus jeune chef de chaîne du Cameroun dans une radio privée ( LTM Radio). À cette époque, elle est l’une des voix les plus écoutées dans le cadre des matinales en radio dans la ville de Douala et au-delà. Comme responsable elle a reconnu que la tâche n’est pas aisée, mais il faut avancer.

« C’est très difficile pour une femme de diriger une équipe d’hommes. Il faut avoir un moral fort en tant que femme pour accomplir cela. Si tu te laisses faire, tu vas te faire marcher dessus ».

Elle a également évoqué les contraintes auxquelles une femme de media doit faire face lorsqu’elle est en couple. « Quand tu n’es pas mariée, tu es libre de travailler autant que tu veux. Mais c’est très difficile de travailler dans les médias quand on est en couple à cause des contraintes de déplacements que le travail imposent. Ça créer des problèmes de confiance ».

Aux jeunes journalistes, elle n’a pas manqué d’insister sur la notion de préservation de leur image. Pour l’animatrice télé, il est important pour une femme de media de renvoyer une image positive. Cela passe par le type de fréquentations qu’elle entretien avec les gens. Les difficultés elle les a connues et si elle est là aujourd’hui, c’est parce que elle n’a jamais voulu lâcher. Et c’est le même état d’esprit qu’elle conseille aux femmes des médias d’avoir.   

À sa suite, une autre paneliste est montée sur scène et pas n’importe laquelle : Patience Essoka. Si pour la jeune génération ce nom n’évoque pas grand-chose, cette dame aujourd’hui la soixantaine passée a fait les beaux jours de la télévision nationale. De CTV à l’époque, jusqu’à la CRTV, elle  traine derrière une forte expérience, mais aussi l’histoire de la télévision au Cameroun. Sa présence à ce panel n’était donc pas fortuite au regard de la pertinence de la thématique sur laquelle elle devait se faire entendre. « Femmes et légendes des médias ».

En dehors de la doyenne du jour, d’autres journalistes comme Henriette Ekwe, Anne Marthe Mvoto et Madeleine Soppi Kotto devaient également prendre la parole. Mais le partage d’expérience de Patience Essoka a agi comme un electro choc dans les oreilles de la plupart des étudiantes, animatrices et journalistes dans la salle. L’ancienne cadre de Canal 2 international a encouragé les femmes à plus de solidarité. Selon elle, c’est à partir de la solidarité féminine, dans le bon sens bien sûr, que le regard porté sur la femme va changer.

Elle n’a pas manqué d’interpeller celles qu’elle considère comme ses enfants à se rapprocher des ainées. « Il y a deux sortes de journalistes. Ceux qui aiment le métier et ceux qui veulent seulement gagner leur pain. Si vous voulez progresser de vous-même sans apprendre des autres vous allez chuter », s’exprime ainsi Patience Essoka dans un ton ferme. Certaines jeunes journalistes ont reconnu avoir essayé de faire le premier pas vers leurs ainées. Seulement celles-ci ne se sont toujours pas montrées réceptives à leur égard. Elles ont donc préféré couper les ponts avec elles. Pour renchérir sur leurs préoccupations, l’ancienne journaliste de la Crtv leur a conseillé juste de changer leur approche. Même si dix portes se ferment, il y aura une qui s’ouvrira a-t-elle rétorqué.

Le troisième panel a été animé par deux visages dont la notoriété  dans l’univers médiatique en tant que productrice de contenus est reconnue. Ancienne hôtesse de l’air de la défunte compagnie Camair, Solange Bodiong est aujourd’hui propriétaire d’un media « Sun Tv ». Mais auparavant, elle créait des programmes à partir de son agence Marabout qu’elle faisait diffuser sur d’autres médias. À ses côtés, il y avait Clarence Yongo, ancienne animatrice télé à canal 2 International qui est également à la tête de son media « Griotte ». Dans leur prise de parole respective, les deux femmes n’ont pas fait dans la langue de bois en parlant d’abord du comportement de certaines de leurs jeunes collègues, avant de mettre le doigt sur les difficultés auxquelles les femmes de médias font face. L’une comme l’autre ont reconnu que, une bonne partie des femmes qui se lancent surtout en télé, c’est pour jouer à l’intéressante et non faire ce pourquoi elles sont là. Et l’image qu’elles renvoient peut-être mal compris et interprète différemment.

Pour les cas de harcèlements sexuels dont elles font souvent l’objet et qui a été longuement débattu, les propos assez durs de Yolande Bodiong sur la question sont sans appel. La patronne de Sun TV  s’est exprimé en disant « Je suis une femme et j’ai la valeur. Ma valeur n’est pas de se retrouver dans la lit d’un homme », avant d’ajouter de poursuivre « Devant votre compétence, ils vont devoir se plier ». En remettant le micro à Clarence Yongo pour sa prise de parole, elle a conclu en disant « Soyez patientes. Pourquoi un homme doit-il tenir votre vie ? En tant que femme ne vous soumettez pas au chantage ». Une déclaration forte qui lui a fallu une salve d’acclamations du public. Dans la même lancée que Yolande Bodiong, Clarence Yongo pour sa part a estimé que en parlant à ses consœurs qui se laissent vite impressionner par les hommes « Si vous commencez à vous pliez aux avances sexuelles pour de l’argent, vous aurez du mal à arrêter ». Pour elle, c’est une spirale qui est difficile à stopper lorsqu’on a déjà pris goût. C’était le panel le plus actif, les réactions du public pendant la phase des questions et réponses ont permis à certaines femmes de parler librement sans complexe des propositions indécentes auxquelles elles font face.

Mais elles ont eu la chance d’avoir devant elles, des ainées qui ont connu les mêmes problèmes. Les conseils de ces dernières ont reçu un écho favorable vu le sourire que certaines affichaient. Le bémol dans cette initiative, c’est  qu’il n’y a pas eu un véritable accompagnement médiatique autour de cette édition. Les femmes pour qui la rencontre était vraiment destinée n’ont pas le grand déplacement, ou encore réagir au niveau des réseaux sociaux. Pour qu’on parle un jour véritablement d’égalité homme et femme, il faut déjà que celles-ci apprennent à échanger ensemble pour mieux défendre leurs droits.

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