FÊTE DE LA JEUNESSE : une édition de plus et rien d’autre

la fête de la jeunesse reste donc un vain mot. Un idéal qu’ils ne peuvent pas espérer dans la mesure où leurs aspirations sont suspendues par un décret, une volonté politique qui parfois est discriminatoire.

La fête de la jeunesse est célébrée depuis 55 ans et des thèmes sont toujours mis en avant pour édifier et interpeller cette jeunesse chaque année. Il n’y a qu’une réalité indomptable au milieu de ses beaux discours relayés; c’est l’indifférence année après année des jeunes camerounais à cette célébration. 

« Jeunesse, résilience, défis et opportunités en temps de Covid-19 », tel est le thème retenu pour la 55ème édition de la célébration de la fête de la jeunesse. Un thème qui interpelle pourtant plus d’un vu le contexte sanitaire et économique mondial actuel. Dans un pays majoritairement jeune et où les conséquences économiques de la crise sanitaire se font plus ressentir. Les défis sont indéniables et l’aptitude à s’adapter à ce contexte est un atout.

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Malgré les incertitudes du lendemain, il y a tout de même des opportunités qui s’offrent, à chacun de les saisir, de faire preuve d’imagination tout en ayant un objectif à atteindre. C’est donc un thème qui répond aux besoins ponctuels des jeunes, tout en leur rappelant qu’il y a encore des efforts à faire. Pour cela, il faudrait que les personnes concernées s’impliquent davantage, se sentent engagées et que des actions concrètes soient entreprises afin de solutionner de façon efficiente, rapide et durable leurs problèmes. Alors quelle est la perception des jeunes par rapport à cette célébration ?

À chaque édition, on a l’impression que c’est toujours le même ressenti, les thématiques changent, mais elles n’apportent pas un réel changement aux aspirations de la jeunesse qui croit à un lendemain meilleur. Loin des instances de décisions, ils ont l’impression que leurs doléances ne sont pas prises avec le plus grand sérieux. À chaque fois on leur rappelle ce qu’ils doivent faire ou encore ce qu’on attend d’eux, mais ce sur quoi ils aspirent, peine à se concrétiser.

La réalité

.Le chômage ambiant qui est l’un des soucis de cette jeunesse n’arrive pas encore à être résolu et plusieurs sont obligés d’accepter les travaux précaires pour avoir de quoi se nourrir. En matière de résilience, certains ont eu plusieurs vies et à chaque fois ils doivent recommencer. Défis et opportunités, ils savent de quoi il s’agit, pour certains c’est leur lot quotidien parfois au péril de nombreux sacrifices dans l’espoir de sortir de leur situation actuelle.

Pour certains, la recherche du financement est un parcours de combattant semé de contraintes qui à la fin ne les permet de vivre leur rêve. Pour cette catégorie de personnes, la fête de la jeunesse reste donc un vain mot. Un idéal qu’ils ne peuvent pas espérer dans la mesure où leurs aspirations sont suspendues par un décret, une volonté politique qui parfois est discriminatoire.  Raison pour laquelle, très peu prennent encore la célébration de la fête de la jeunesse au sérieux.

Un sondage auprès d’un petit échantillon représentatif des jeunes révèle que pour la majorité, la fête de la jeunesse c’est « le défilé, les kermès, la fête de la jeunesse quoi ? », « pour les enfants du lycée et du primaire », « pour ceux qui vont à l’école » ou encore « la célébration de la jeunesse fer-de-lance de la nation ». En dehors des jeunes leaders d’opinion et des jeunes scolarisés du primaire et du lycée qui y accordent encore un intérêt éphémère, une grande partie pense que : « ça ne me concerne pas et ça ne me concernera pas l’an prochain et les années à venir d’ailleurs ». Et cela ne date pas d’aujourd’hui ce sentiment.

Ces réponses sont justifiées dans la mesure où cette célébration reste jusqu’ici institutionnelle. De plus, cette onzaine de la jeunesse et les autres avants n’ont jusqu’ici eu aucun impact réel sur la condition des jeunes. En dehors des thèmes surenchéris à chaque édition et débattus autour des rencontres auxquelles très peu de jeunes sont présents, au fond la jeunesse est un peu fatiguée de s’abreuver uniquement des mots et non des actes. Même si le sentiment reste mitigé, dans la grande majorité le désespoir a creusé son lit.

Les activités qui sont souvent organisées en prélude de cette fête de la jeunesse à l’occurrence le Village de la jeunesse qui devrait être des catalyseurs sont loin des attentes formulées. En dehors de l’ouverture qui attiré du monde, le reste des jours n’avait vraiment rien de festif, moins de visiteurs, très peu d’exposants au regard du potentiel que regorge la jeunesse camerounaise.

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Les autorités devraient se questionner sur le désintérêt de plus en plus grandissant des jeunes concernant cette célébration. Pourquoi ne pas confier l’organisation de cet évènement à la jeunesse ? Le CNJC ( Conseil National de la Jeunesse du Cameroun) étant l’instance faitière des jeunes avec une base de données de tous les associations jeunes du Cameroun, devrait être à même d’organiser avec ses associations membres cette célébration.

Seuls les jeunes savent réellement quels sont leurs problèmes et c’est à eux de réfléchir ensemble sur les solutions en fonction de leur contexte, de leur époque. Ce sont les jeunes qui devraient choisir le thème de la fête de la jeunesse, penser les activités à mener et le MINJEC devrait se contenter d’accompagner ses jeunes. 

Ce n’est pas l’affaire du MINJEC mais celle des jeunes, du CNJC et des associations membres sous la supervision du MINJEC. Aussi, ne serait-il pas préférable de parler de commémoration plutôt que de célébration ? Peut-être cela donnera une nouvelle perspective et plus d’engouement et d’engagement de la part des jeunes.

Nadia Ed

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