20 Mai 1972 – 20 Mai 2021 : Quel bilan pour la jeunesse ?

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » ou plutôt « si vieillesse peut enfin accepter que jeunesse sait »

Le 20 Mai 1972 est le jour choisi pour célébrer ce qui est, communément appelé, la fête nationale du Cameroun. En réalité cette date coïncide avec l’organisation d’un référendum par le Président de l’époque Ahmadou Ahidjo. Ce référendum conduit le Cameroun d’une république fédérale à la République Unie du Cameroun.

Cette unification avait engendré un certain nombre d’espoirs, de vœux d’un Cameroun qui parlera d’une seule voix, malgré ses deux langues officielles, et visera un seul but. A l’épreuve des faits, près de 50 ans après le bilan est pour le moins mitigé. La zone dite anglophone est en crise voire en guerre civile depuis 2016 car ne se sentant pas comme citoyens à part entière.

Pour ce qui est de la jeunesse, qui représente la part la plus importante de la population nationale[1], les espoirs qu’ont fait naitre l’indépendance et l’unification ont été vains pour la plupart. Ceux-là qui dirigeaient le Cameroun en 1972 sont encore en poste aujourd’hui. La jeunesse n’a eu accès ni aux positions de pouvoir ni à des politiques réellement tournées vers elles.

L’unification est-elle appliquée dans les faits ? Quel rôle joue la jeunesse dans la construction de l’histoire du Cameroun ? Près de cinquante ans après, quel bilan peut-on dresser de cette date historique du 20 Mai 1972 ?

« Tu es gauche comme un anglophone » – la crise dite anglophone comme conséquences d’un ensemble de préjugés et d’une unification de facade

Depuis 2016, les régions à expression anglaise (Nord-Ouest, Sud-Ouest) du Cameroun sont secouées par des agitations, des crimes, des enlèvements qui ont transformé ces zones jadis paisibles en champ de bataille où séparatistes, sécessionnistes, criminels de droit commun affrontent les forces de défense. La crise a atteint un tel niveau que en 2020, l’Organisation des Nations Unies estimé le nombre de déplacés internes à 600.000[1] .

Les origines de ce conflit sont beaucoup plus anciennes que 2016 et un seul article ne suffirait à traduire la complexité, les nuances et la profondeur de cette guerre. Le Cameroun a été découpé en 1922 par deux empires coloniaux qu’étaient la France et la Grande Bretagne. La très grande majorité du pays resta sous domination française et l’autre partie sous le joug britannique et sera rattachée au Nigeria. Il est important de rappeler que le côté français se distinguait par une volonté d’assimilation et la forme centrale de l’État où tout était décidé par le pouvoir.

Du côté britannique, il y a eu le fédéralisme à partir de 1954. Ces différentes formes de fonctionnement de l’État sont importantes à saisir car étant l’élément déclencheur de ce qui arrivera plusieurs années à partir de 1960.

En 1960, le Cameroun et le Nigeria obtiennent leurs indépendances. Parmi les peuples qui avaient été rattachées au Nigeria, ceux du Nord choisissent de rester liés au Nigeria et ceux du Sud décident de revenir dans le territoire camerounais. Les peuples qui ont choisi ce « retour aux origines » sont ceux qui occupent aujourd’hui les régions dites anglophones.

Après donc près de 40 ans sous fonctionnement britannique, ces peuples doivent se réadapter à l’administration française. Toute évolution engendrant sa propre nostalgie, l’adaptation ne fut pas facile. Et ce d’autant plus que l’État n’a jamais semblé réellement vouloir les intégrer mais plutôt les assimiler et les obliger progressivement à fonctionner comme des francophones. Nombreux d’entre nous ont été entendus ces phrases anodines et lourdes de sens à la fois où chacun dit « tu es gauche comme un anglophone ».

Voilà l’image de l’anglophone au Cameroun. Celui qui ne fait pas comme la majorité et qui serait donc anormal, gauche tel un clown. Ces préjugés ont malheureusement la peau dure. Mais à force de tirer sur la corde, de ne pas s’estimer – à tort ou à raison – compris, les choses finissent par prendre une tournure qui est celle que nous connaissons depuis maintenant 5 ans.  Les sécésionnistes ont déclaré unilatéralement l’indépendance de cette partie du Cameroun et l’ont rebaptisé « Ambazonie ». Les principaux responsables ont été arrêtés et sont aujourd’hui en prison. Malheureusement ces arrestations n’ont pas mis un terme à ces troubles. Au vu de ces informations, parler aujourd’hui d’un Cameroun uni serait présomptieux pour ne pas dire mensonger. Les faits sont têtus et les informations nous montrent cette crise s’enlise, malheureusement, chaque jour un peu plus.

Cette crise de confiance se constate aussi dans les rapports qu’entretient la jeunesse avec le personnel dirigeant.

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » ou plutôt « si vieillesse peut enfin accepter que jeunesse sait »

Le Cameroun est un pays où l’immense majorité de l’économie se fait de manière informelle. Dans ce monde informel, communément appelé la débrouillardise, les jeunes se font la part belle. De fait, ils sont donc exclus des lieux de décision. Lieux où se décident pourtant les règles qui conditionnent leur avenir. La jeunesse voit donc son avenir pensé et décidé par des personnes très âgées sans être préalablement consultée. Loin de moi l’idée de faire un procès d’intention à ces dirigeants qui, pour certains, sont surement plein de bonne volonté, mais il est difficile de mettre sur pied des politiques pour un groupe de personnes sans les impliquer.

Nous avons eu « le Cameroun des grandes ambitions »[1], « le Cameroun des grandes réalisations » où le Président de la République prévoyait des grands projets, des opportunités d’emploi pour la jeunesse. Force est de constater qu’il n’en fut rien et que la jeunesse n’a pas obtenu ce qu’elle souhaite à savoir des emplois et des perspectives d’avenir.

La précarité de la jeunesse se constate dans les sureffectifs des universités où les amphithéâtres sont tellement plein qu’il est parfois impossible d’avoir une place pour s’asseoir. Le suivi des étudiants patit aussi de cela car le corps enseignant doit faire pour 2000 étudiants ce qui avait été prévu de faire pour 500 étudiants.

La jeunesse est livrée à elle-même et obligée d’opter pour les petits boulots (photocopie, vente à domicile, livraison, etc) quand ce n’est pas la prostitution et le chantage sexuel des professeurs.

Les jeunes sont lésés et obligés de faire preuve d’ingéniosité pour survivre dans un pays que la plupart d’entre eux rêvent de quitter by all means necessary.

Après 40 années de pouvoir la jeunesse, pleine d’espoir au moment de l’arrivée du Président de la République, a fait elle-même des enfants qui se heurtent aux mêmes promesses non tenues et frustrations. Ce cocktail explosif se retrouve dans les départs sauvages vers l’Europe percue comme l’Eldorado, dans la très forte sexualisation de notre société où le corps est devenu une arme pour obtenir ce qu’il nous est refusé par le mérite.

L’absence de vision, de clarté et d’ambition envers la jeunesse est un immense frein au Cameroun. L’un des aspects les plus abjects de la colonisation fut le fait que les blancs représentaient une minorité dans la population mais étaient majoritaires pour ne pas dire seuls dans toutes les instances de pouvoir. En 2021, nous sommes dans le même cas de figure. Les « vieux », comme ils sont appelés communément, sont une infime minorité mais occupent toutes les positions décisionnaires et ce depuis des décennies sans discontinuer.

Conseil Ministériel au 04 janvier 2021

Le fameux droit d’ainesse à l’africaine peut fonctionner pendant quelque temps mais ne saurait présider aux destinées d’une nation. Il est très souvent dit en Afrique que même étant assis, un vieux voit mieux et plus loin qu’un jeune étant debout. Parfois il est important d’accepter que le vieux a fait son temps et doit permettre aux jeunes d’apprendre et de se construire. L’importance d’un vieux n’est pas de toujours être là physiquement mais de faire en sorte que son absence se remarque grâce aux conseils et à l’accompagnement qu’il aura apporté de son vivant.

Yann E

[1] https://www.prc.cm/fr/le-president/programme-fr

[1] https://www.youtube.com/watch?v=rLrfuiJExIc

[1] La population camerounaise est essentiellement jeune. Plus de la moitié (63,8%) a moins de 25 ans. Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 3,32% de la population totale.

https://www.youthpolicy.org/national/Cameroon_2006_National_Youth_Policy.pdf

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