Transformation digitale : Que peut faire le Cameroun avec 62 milliards de FCFA ?

Il est question de créer un véritable cadre stratégique, politique et favorable à une transformation digitale inclusive dans notre pays.

À travers l’ambitieux projet d’accélération de la transformation numérique au Cameroun, le gouvernement veut faire de la digitalisation une réalité.

La transformation digitale fait partie des nombreux projets pour lesquels le gouvernement camerounais veut apporter des solutions concrètes, efficaces et durables pour le bien-être des populations en 2023. Il n’a jamais caché cette ambition qui ne date d’ailleurs pas aujourd’hui, puisque cela a toujours fait l’objet de nombreuses concertations tout azimut, colloques, foras, campagnes de sensibilisation, afin de trouver la bonne formule.

Toujours est-il qu’entre la prise de décision et la mise en œuvre de l’initiative beaucoup d’eau ont coulé sous le pont.
En effet, pour mettre en branle ce projet de grande envergure qui a toujours eu une part belle dans les discours des dirigeants. Les politiques ont décidé de donner un véritable coup d’accélérateur à la transformation numérique au Cameroun, en cherchant des ressources financières conséquentes au regard des enjeux et des domaines qu’il faut développer. C’est la raison pour laquelle le gouvernement camerounais par le biais de son ministre de l’aménagement et de la planification, Alamine Ousmane Mey s’est tourné vers les institutions de Bretton Woods pour solliciter un emprunt de 62 milliards de FCFA.

Les secteurs qui seront financés

L’argent emprunté par l’État du Cameroun à la Banque mondiale, après la signature de la convention du 6 décembre 2022 devra servir, d’après le ministre de la planification à financer plusieurs projets qui vont contribuer selon lui à booster la transformation digitale au Cameroun. « Il est question de créer un véritable cadre stratégique, politique et favorable à une transformation digitale inclusive dans notre pays. Ce qui conduirait au développement d’un marché dynamique du haut débit, offrir des services digitaux sûrs, résilients. Deuxièmement, le Patnuc ( le projet d’accélération de la transformation numérique au Cameroun) devrait conduire à une meilleure couverture digitale et favoriser l’inclusion à travers l’extension de la connectivité des réseaux, la connexion des derniers kilomètres » fait savoir Alamine Ousmane Mey au média Cameroon Tribune.

Et ce n’est pas tout, il est également question toujours d’après le membre du gouvernement « De permettre aussi la mise en place d’une base de données facilitant l’innovation et l’application des solutions digitales dans le développement rural. Plus spécifiquement, dans le secteur agro-pastoral, le Patnuc va développer les systèmes d’informations pour faciliter l’accès et la gestion des statistiques agro-pastorales, la dématérialisation des services publics digitalisation des formations dans les structures étatiques. Il mettra également en place un programme de subvention électroniques pour 35000 petits exploitants agricoles en même temps qu’il soutiendra le développement et l’utilisation de solutions technologiques innovantes, à travers l’appui aux startups … »

Des attentes plus grandes que 65 milliards de FCFA

Le Cameroun compte dix régions avec chacune un niveau de développement qui n’est pas comparable les unes par rapport aux autres. Chacune à ses réalités, ce qui demande aussi des réponses spécifiques. Certaines ont un niveau de vie acceptable, pendant que d’autres vivent dans une misère exécrable. Pas de routes, pas d’eau, manque d’énergie, absence de moyen de communication et bien d’autres. Pourtant toutes sont concernées par la digitalisation, d’autant plus que tous les domaines sont étroitement liés qu’on soit de la ville ou de l’arrière-pays. On se serait donc attendu à ce que le gouvernement camerounais propose des solutions digitales globales. Ce qui n’est visiblement pas le cas puisque le chèque de 65 milliards FCFA sera affecté à des secteurs particuliers et certainement à des localités précises. Du coup on voit mal comment il va parvenir à réduire la fracture numérique au Cameroun qui est l’un de ses objectifs.

À chaque fois que le gouvernement évoque la question du numérique au Cameroun, on a le sentiment qu’il ne va pas jusqu’au bout des choses. Or la transformation digitale ne devrait pas être perçue comme un simple effet de mode, c’est un impératif. De nombreux experts dans le domaine à l’instar de Jean Pierre Boep, consultant en digital n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme en demandant aux décideurs de travailler sur une stratégie qui intègre toutes les problématiques liées aux entreprises, aux institutions et aux Hommes. Autrement dit, il faut penser, analyser, identifier les besoins, planifier et se donner le temps nécessaire. C’est un processus et pour qu’il prenne, il faudrait inclure toutes les entités. Si on parle du digital au Nord, on devrait aussi le faire au sud, à l’est et à l’ouest. Cela suppose qu’il faudrait avoir une ressource humaine compétente, mettre les moyens pour la formation, l’installation et la maintenance des équipements de pointe.

Même si le taux de pénétration d’internet a atteint la barre de 36,5% en 2022 selon un rapport publié par Hotsuite et We are social, il y a encore beaucoup de choses qui freinent le développement du digital au Cameroun. La transformation digitale est un mouvement culturel et technique. En tant que tel, il faudrait faire un travail de pédagogie pour amener les populations à s’y intéresser davantage. Au Cameroun l’utilisation des nouvelles technologies est encore une problématique. On peine encore à faire confiance aux outils digitaux. Cela s’est vérifié lors de la pandémie mondiale de la Covid où on a vu comment les populations ont rencontré d’énormes difficultés dans leur quotidien. Cependant, lorsqu’on voit autant d’argent sortir encore pour financer le digital au Cameroun, l’on est aussi en droit de se demander si ces fonds alloués ne termineront pas entre les mains des prévaricateurs de la fortune publique ?

Charles Binelli

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