CAN 2022 : Des retombées mitigées

La CAN (ne) est sucrée, mais pas pour tout le monde, après la compétition il risque d'avoir beaucoup de caries dentaires.

Beaucoup de personnes ont nourri de grands espoirs avec la Coupe d’Afrique des Nations qui se joue au Cameroun. Plusieurs secteurs d’activités touchés par la crise sanitaire espéraient profiter de la visibilité qu’offre cette compétition africaine pour se relancer. Mais à mi-parcours de l’évènement, la situation ne semble vraiment pas s’améliorer pour certains malgré les investissements consentis. 

Même si en l’état actuel il est difficile de faire un bilan factuel des retombées de la Coupe d’Afrique des Nations plusieurs semaines après son ouverture, les attentes sont encore modestes. L’optimisme de départ fait place aujourd’hui aux multiples interrogations au point d’imaginer un avenir sombre. Une situation peu reluisante pour de nombreux entrepreneurs qui ont dû faire quelques efforts supplémentaires au niveau de leur trésorerie pour relancer leurs activités. Pour l’instant, ils peinent encore à se faire une bonne marche au niveau des bénéfices. Il y a certes une grande mobilisation autour de la CAN, mais celle-ci ne profite pas pleinement à tout le monde de la même manière. Le stress des uns contraste un tout petit peu avec la joie des autres qui semblent avoir retrouvé le chemin de bonnes affaires et le sourire qui va avec.

Les vendeurs de maillots et de gadgets aux couleurs des différents pays se frottent bien les mains pendant cette CAN. C’est l’un des secteurs qui peut se réjouir pleinement de la tenue de cet évènement. Après un début timide, beaucoup ont commencé à voir par la suite une amélioration au niveau de leur chiffre d’affaires. L’euphorie suscitée par les victoires successives des lions indomptables a donné un coup d’accélérateur dans la vente des maillots de l’équipe nationale du Cameroun. La forte demande qui s’en est suivie a causé une rupture des stocks.

Sur internet, la concurrence est rude entre les vendeurs qui déploient de nombreuses stratégies marketing pour avoir plus de clients. Ils utilisent des messages aguicheurs, d’autres proposent des services supplémentaires comme le flocage des noms sur le maillot. Une bonne astuce qui fait le bonheur des fans du ballon qui sont heureux d’exprimer leur fibre patriotique. Et les maillots s’écoulent comme des petits pains. 

Malgré la flambée du prix des maillots de l’équipe nationale du Cameroun sur le marché, la demande reste toujours croissante. « Le prix des maillots, surtout celui des lions indomptables connaît une augmentation à cause de leurs victoires. Au départ c’était un peu timide, mais depuis que le Cameroun survole la compétition, les gens qui ne voulaient pas acheter le maillot avant essayent aujourd’hui de se rattraper.  Le maillot qui se vendait avant entre 8000 et 12000, il est vendu à plus de 15000 FCFA. », explique Paul, revendeur de maillots dans la ville de Douala. Une dépense qu’il justifie pour l’amour de la patrie et de leur équipe. De peur de se retrouver de nouveau face à l’incapacité de satisfaire les supporters, surtout si le Cameroun gagne son ticket pour la finale, les commerçants ont rapidement fait appel à leur fournisseur pour anticiper une éventuelle pénurie. 

Les bars et snacks connaissent aussi une grande affluence à cause de l’ambiance électrique que suscitent les différents matchs. D’ailleurs, c’est le lieu idéal aux yeux de certaines personnes qui veulent vivre un match de football dans une ambiance particulière, surtout lorsque celui oppose deux grandes nations de football. Entre deux gorgées, les discussions s’animent au gré de l’évolution du match. Autour des tables bondées de bières, chacun y va selon son analyse d’expert. La passion prenant parfois le dessus sur la raison, on assiste à des débats qui déclenchent au passage des mouvements d’humeur entre fans, mais qui ne s’éternisent que le temps d’une rencontre. À la fin de la rencontre, chacun se serre la main dans une ambiance festive. Aux alentours, les vendeurs de cigarettes ou encore de Bitakola rôdent dans les parages en se mêlant aussi dans la danse en proposant leurs produits. 

Du côté des hôtels et des restaurants, l’ambiance d’antan n’est pas totalement retrouvée, de quoi inquiéter les promoteurs pour la suite. En dehors des hôtels qui ont été réquisitionnés pour recevoir les équipes et les officiels, les autres sont presque à l’agonie. Ses établissements font face à nouveau au manque de clientèle. Pourtant, avant cette compétition le gouvernement s’était montré plutôt rassurant. En effet, d’après les prévisions qui ont été faites, le tourisme local entre les villes où se joue la CAN devait booster l’affluence dans les restaurants et les hôtels. On estimait à près d’un million le nombre de camerounais qui devaient se déplacer à travers les différentes villes. Cependant, la situation est compliquée et ceci s’explique par plusieurs raisons. Au-delà des problèmes sanitaires et de sécurité, une grande majorité des camerounais n’ont déjà pas la culture des voyages. Le tourisme local ne génère pas encore suffisamment de revenus. Même si l’envie y est, beaucoup n’ont pas assez de moyens pour se permettre ce petit luxe. La CAN (ne) est sucrée, mais pas pour tout le monde, après la compétition il risque d’avoir beaucoup de caries dentaires. 

Charles Binelli

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