Quel Bilan Pour La Lutte Des Droits De L’enfant au Cameroun ?

Certains droits des enfants sont souvent bafoués par les causes endogènes et exogènes comme les conflits armés.

RETOUR DANS L’HISTOIRE.

Le 16 juin 1976, est entré dans l’histoire comme une date  emblématique dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.  Ce jour, on estime à 20.000 le nombre d’ élèves qui sont descendus dans les rues de  Soweto pour protester contre la loi qui imposait l’enseignement  en afrikaans dans les écoles des  noirs au même statut que l’anglais reléguant ainsi l’enseignement de leurs langues maternelles au second plan au profit de ceux des dictateurs

Aufstand von Soweto: Wie aus einer Freiheitsikone eine Modemarke wurde

Le plus agaçant était la raison avancée par le gouvernement  qui  disait instaurer l’enseignement en afrikaans pour que les noirs qui travailleront pour les blancs puissent comprendre cette langue et mieux servir leurs maîtres blancs.  Officiellement, le nombre de victimes est de 23 morts et une centaine de blessés, mais plusieurs sources estiment à  environ 200 le nombre de morts.  Les blessés seront traqués dans les hôpitaux, mais grâce aux personnels hospitaliers  qui falsifiaient les registres mettant à la place de blessés par balles des abcès  plusieurs  s’en  tireront.

La toute première victime du massacre fut Hector Pieterson qui est aujourd’hui l’icône du soulèvement  et ceci grâce à la photo de Sam Nzima qui fit le tour du monde inspirant même le film cry freedom. Notons que le 16 juin  est également la journée nationale de la fête de la jeunesse en Afrique du Sud.  En 1991, l’OUA devenue l’UA  décrète le 16 juin comme journée de l’enfant africain (JEA)  en mémoire aux victimes de l’émeute de Soweto.  Cette journée a pour but de faire le point chaque année sur les avancées en matière de droits des enfants  suivant la charte africaine du bien-être des enfants (1997) et la convention relative aux droits de l’enfant (1993) pour ne citer que ces conventions.

LE 16 JUIN 2020  LA JEA AU CAMEROUN 

Le thème retenu pour la JEA 2020  est « l’accès à une justice adaptée aux enfants de l’Afrique ». Ce thème est très évocateur à plusieurs niveaux. Sur le plan purement juridique et judiciaire, il est question d’assurer une justice équitable à tous les enfants sur le continent. S’assurer que les dispositions prises dans les différentes constitutions des États respectent la charte africaine du bien-être des enfants dans leurs systèmes judiciaires. Seulement, la pandémie du Covid-19 vient bouleverser le déroulement et les différentes articulations qui ont traditionnellement lieu chaque  16 juin.

Pour cette année au Cameroun, on constater que les actions menées sur le terrain par le Ministère des Affaires sociales, les députés juniors et autres organisations et associations étaient axées sur la lutte contre la Covid-19. Les députés juniors par exemple n’ont pas siégé à l’hémicycle de ngoa- ékele comme à l’accoutumée. Tous les acteurs concernés par cette journée se sont retrouvés sur le terrain pour sensibiliser sur le respect des mesures barrières afin d’endiguer la propagation de la covid-19. Les webinaires  étaient organisés par certaines organisations et associations afin de discuter et échanger sur le thème retenu cette année. La covid-19 a bel et bien volé la vedette du thème de la JEA 2020.

16 JUIN 1991-16 JUIN 2020 : APRES 30 DE LUTTE QUEL BILAN POUR LE CAMEROUN ?

LES CAUSES DU COMBAT.

Le respect des droits de l’enfant sont inscrit dans la constitution du Cameroun qui elle-même est soumise aux différentes conventions et chartes internationales dont le Cameroun a dûment ratifié.

Si le monde se préoccupe de s’assurer du respect de ses droits inaliénables des enfants, c’est bien de raisons connues de tous, mais dont certains se refusent de reconnaître l’existence. Certains droits des enfants sont souvent bafoués par les causes endogènes  et exogènes comme les conflits armés.

En ce moment au Cameroun, un grand nombre d’enfants des régions du nord-ouest et du sud-ouest se retrouvent non scolarisés à cause des troubles causés par les groupes armés séparatistes qui terrorisent la population bouleversant ainsi leur quotidien qui se trouve être davantage pénible. Dans toutes les régions du monde où l’on retrouve des troubles et guerres, les premières sont toujours les enfants qui sont les plus vulnérables.

Cette même cause (la guerre et les conflits armés) est à l’origine de la pérennité  de l’extrême pauvreté qui elle cause la mal nutrition. Un pays ne peut se développer que dans un climat paisible, sécurisé et stable. S’il n’y a pas de travail, comment les parents feront-ils pour nourrir leur progéniture ? La paix est la première clef pour que l’enfant puisse avoir accès aux droits fondamentaux de base (la nutrition, la santé, un foyer, l’éducation, l’épanouissement…).

Les violences physiques et psychologiques faites aux enfants se révèlent aussi nocives que la guerre pour ces derniers. Un enfant battu constamment est plus vulnérable et cette souffrance physique qui souvent se révèle mortelle affecte le futur homme qui pour la plupart développe des attitudes violentes dans la société. Quant aux violences psychologiques qui  sont toutes aussi dangereuses, elles sont très récurrentes et affectent la personnalité de l’enfant qui très souvent se renferme sur lui, ou manifeste également de la violence dans son environnement.

Ce type de violence est la principale cause de la délinquance juvénile et de recrudescence de violence en milieu scolaire noté ces dernières années. Le problème c’est que sa source est presque toujours familiale, mais peu de parents en sont conscients. Une sensibilisation auprès des parents sur la nécessité de communiquer avec leurs enfants se révèle être indispensable.

La plupart des enfants en manquant de repères, d’attention et d’affection finissent par développer des comportements antisociaux.

La sous-scolarisation des enfants surtout de la jeune fille qui reste pour certains parents africains un investissement à perte puisqu’elle est appelée à se marier.  L’inégalité des chances  entre filles et garçons est un problème réel. Tout enfant a droit aux mêmes chances et au même traitement. La lutte contre le mariage précoce des filles n’est pas encore gagnée, mais elle promet selon les statistiques avancées par l’UNICEF.  Actuellement sur RFI, un spot publicitaire pour la sensibilisation des parents sur l’importance de maintenir la jeune fille le plus longtemps possible est diffusé après chaque édition du journal.

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Le travail forcé  des enfants  est le phénomène le plus frappant et plus alarmant dans nos cités. De plus en plus, l’on rencontre à chaque enjambée des enfants pratiquant le commerce dans la rue sans aucune surveillance  et très souvent jusqu’à des heures déraisonnables. Comment concevoir qu’un enfant de moins 10 ans se retrouve du matin au soir dans la rue avec un plateau de noisette à se balader dans toute la capitale à la recherche de quoi se nourrir ?  que dit la charte africaine à ce propos ?  Les enfants sont sous la responsabilité de leurs parents et c’est à ces derniers de travailler pour leur nourrir.  Cette pratique viole la charte africaine des droits de l’enfant et de son bien-être. Et ceux qui meurent en travaillant dans les mines ?

Les États devraient davantage mettre l’accent sur l’application de cette charte dans les familles tout en n’hésitant pas à appliquer les sanctions prévues par celle-ci à toute personne, parent qui viendrait à aller à son encontre. Il y va de l’avenir de ces enfants.

LA SITUATION ACTUELLE

Les données montrent qu’au Cameroun la lutte pour les droits de l’enfant porte peu à peu ses fruits. Selon le Ministère des Affaires sociales, le Cameroun est le premier pays en Afrique centrale ayant un taux d’alphabétisation très élevé. Le nombre de filles dans les établissements scolaires est également en très forte hausse. La législation préconise le traitement équitable des filles et garçons les reconnaissant les mêmes droits et devoirs. Même si tous les efforts fournis par les acteurs politiques se trouvent très souvent buter à de nombreux obstacles tels la coutume, il est bon de reconnaitre leur bonne volonté et le travail abattu jusqu’ici.

Pour un  meilleur impact dans la société, il serait préférable et raisonnable d’inclure davantage les enfants dans le processus décisionnel qui les concernent puisque comme l’a si bien relevé la déléguée régionale des affaires sociales pour le centre Rachel Sylvie Edimo Mbappé dans une interview «  …ce que l’on fait pour l’enfant sans l’enfant est contre l’enfant… » Tant au niveau politique que familiale. La voix de l’enfant compte  et doit compter.

Nadia edzengte

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