Dr Adèle-Rose Nyeki Mouaha-Bell : « Mon choix pour la Médecine a été naturel »

mon ambition première reste de servir mon pays et contribuer à mon modeste niveau à l’amélioration des offres dans ma spécialité ou dans tout autre secteur extra-professionnel.

Toute petite déjà, elle rêvait de devenir Sœur Religieuse et venir en aide aux personnes en situation difficile. Un choix motivé en grande partie par l’éducation qu’elle a reçue de ses parents et surtout de la satisfaction qu’elle recevait lors des activités à caractère social qu’elle menait pour venir en aide à certaines familles dans le besoin ou encore aux mendiants dans la rue.

Elle a finalement trouvé en la Médecine, la satisfaction du service de l’autre. Devenue oto-rhino-laryngologiste et chirurgienne cervico-faciale (ORL-CCF), Dr Adèle-Rose Ngo Nyeki Mouaha-Bell a fondé l’Association MAHOLA qui lui donne aujourd’hui une autre occasion de se mettre davantage au service des populations défavorisées. Cette humanitaire dans l’âme a accepté de répondre aux questions de Jeunesse du Mboa.  

Bonjour Dr Adèle-Rose Ngo Nyeki Mouaha-Bell, c’est un plaisir pour nous d’avoir accepté de faire cette interview. Pourquoi avoir choisi de faire des études de médecine et plus particulièrement oto-rhino-laryngologie et la chirurgie cervico-faciale (ORL-CCF)?

Bonjour, à l’équipe de Jeunesse du Mboa, le plaisir est partagé et le privilège humblement accepté !
Le choix de la Médecine s’est fait au vu de mes aptitudes dans les domaines scientifiques et biologiques depuis mes études au collège… Au-delà de ma passion pour les Sciences et le fonctionnement du Corps humain, j’ai toujours été attirée par les métiers d’écoute et de soutien aux autres…

Pour l’ORL-CCF, ce n’était pas le 1er choix, je me vouais à une carrière de chirurgienne plasticienne ou de la main ; et j’étais aussi très attirée par la chirurgie pédiatrique, mais ma spécialité actuelle au vu de sa polyvalence me permet de faire tout ce dont j’ai envie en terme de chirurgie, et de soins aux enfants !

Après le Cameroun vous avez poursuivi vos études en Suisse pour la spécialisation. Vous auriez certainement pu rester là-bas, qu’est-ce qui vous a motivé à revenir?

La motivation a été double : en premier, ma famille ! Mon époux et mes enfants étant dans un autre continent, ce n’était pas évident de travailler aussi longtemps et sereinement loin d’eux! En 2ème : chacun de nous rêve de porter sa pierre à l’édifice de son pays et aussi de participer à l’évolution dans son domaine.

Il y a beaucoup à faire et à améliorer au Cameroun et c’est naturellement que mon retour s’est organisé dans ce sens ; mon ambition première reste de servir mon pays et contribuer à mon modeste niveau à l’amélioration des offres dans ma spécialité ou dans tout autre secteur extra-professionnel de mon choix.

 Comment avez-vous préparé votre retour au Cameroun?

La préparation s’est faite sur plusieurs plans :

1- Le plan de formation : j’ai essayé d’acquérir le plus de connaissances et d’aptitudes qui pourraient être utiles pour travailler au  Cameroun notamment  en ce qui concerne la mise en  place et la transmission  des  techniques  de  chirurgie  innovantes.  Je  me  suis  imprégnée  au  maximum  de l’organisation et du fonctionnement de services de soins renommés pour leur qualité et leur efficacité pour pouvoir le reproduire une fois rentrée…. J’ai suivi des formations dans des domaines que j’espère porteurs,  de toute façon, je vais m’y atteler !

2- Le plan moral : il faut se préparer à travailler dans un environnement moins outillé, avec des automatismes, des organisations logistiques et techniques totalement différentes. Il faut réadapter ce qu’on a appris pour pouvoir le pratiquer dans notre contexte local. Il faut travailler bien, avec empathie et surtout être efficace. Il faut absolument pratiquer la bonne médecine avec les moyens que l’on a sur place.

3- Le  plan  technique  et  matériel : je  me  suis  préparée  en  essayant  d’acquérir  un  minimum d’équipements de travail pour pouvoir exercer au mieux ; les Hôpitaux Universitaires de Genève via les services où j’ai travaillé notamment les départements d’ORL-CCF et celui de chirurgie endocrinienne m’ont apporté un soutien énorme sur le plan technique, matériel et didactique. Je ne les remercierai jamais assez pour ce soutien qu’ils continuent de m’accorder jusqu’à présent.

Votre retour était-il à l’image de vos attentes?

Oui ! Parce que je m’attendais à ce que ce soit différent et je m’attendais à ce que mon passage par la case  « re-tropicalisation »  comme  pour  tout  médecin  ayant  longtemps  travaillé  à  l’Étranger,  serait obligatoire et nécessaire… Je sais comment fonctionne le système sanitaire et médical au Cameroun et donc l’avantage, c’est que le dépaysement n’aura pas été total. Bien sur les surprises sont toujours là, mais elles font partie de la vie, elles nous forgent et on essaye d’anticiper au mieux et de trouver des solutions.

Quels souvenirs gardez-vous de vos débuts dans la profession?

Les débuts sont d’abord :« woouaawwww, je quitte enfin le secondaire, je vais mettre une blouse

blanche, je vais réaliser mon rêve !… » Je suis si heureuse et fière…

Ensuite en PCEM (Premier Cycle d’Études Médicales), ça devient« Non mais.. ??? il faut vraiment savoir tout ça pour être médeciN ? des centaines de cours, des schémas et croquis à n’en plus finir, des formules etc…des dizaines de tomes d’encyclopédie sur tout le corps humain et plus encore »… C’est trop !!

Enfin, on commence à ressentir ceci : Les gardes interminables, la confrontation au monde hospitalier réel est âpre mais très enrichissante, on sauve des vies, on redonne le sourire mais aussi on se retrouve faisant face à la mort, au désespoir, à la tristesse, aux pleurs… on devient MÉDECIN !

Mais tout compte fait avec le temps et l’expérience, on est fier et heureux de travailler et du bonheur que nous donnons à nos patients et leurs familles ! On est reconnaissant de faire partie de ce corps de métier.

Peut être une image de texte qui dit ’Mahola Hope and Share! Hope’

Pouvez-vous nous parler de l’Association MAHOLA dont vous êtes la présidente?

MAHOLA est une association caritative internationale, qui est apolitique et à but non lucratif, que je fonde avec pour objectif : la promotion du bien-être humain et l’aide aux populations rurales ou vulnérables/défavorisées au Cameroun. 

C’est une jeune organisation qui regroupe en son sein des personnes au grand cœur, venant d’horizons aussi éloignés que divers, résidant au Cameroun ou rencontrées lors de mes multiples voyages et séjours hors de mon pays.

Nous travaillons sur plusieurs secteurs entre autres : soutien aux orphelins et aux populations vulnérables ou défavorisées, Santé, Formation et éducation des jeunes et surtout de la jeune fille…

Pourquoi avoir choisi le nom MAHOLA?

« MAHOLA » est un mot en langue Bassa, entité ethnique camerounaise à laquelle j’appartiens et qui signifie « Entraide ». C’est un mot générique et répandu dans plusieurs associations ou groupes travaillant dans le secteur de la solidarité et de l’aide ….

Au départ, je penchais pour un mot en swahili, l’une des langues africaines les plus connues mais au final, mon choix s’est porté sur ce nom là parce que travaillant et résidant à l’étranger où la majorité des donateurs étaient non Camerounais, je voulais avoir un nom typique de ma contrée, qui serait ancré dans cette culture là et qui reflèterait ou résumerait l’essentiel des actions pour lesquelles je voulais me battre !

Qu’est-ce qui vous a motivé à mettre sur pied cette association?

La  genèse  remonte  à  très  loin.  Je  suis  née  dans  une  famille  avec  des  valeurs  d’amour  et d’entraide profondément ancrées, qui nous sont transmises naturellement à tous mes frères, cousins et moi. En outre, ma mère Jacqueline nous amenait, petits, mes frères et moi, à faire des dons aux familles défavorisées, ou à des personnes mendiant dans la rue….

Mon éducation scolaire en institutions privées catholiques aidant, m’ont habituée aux dons et au partage pendant toute ma scolarité (célébration de journée des lépreux, de l’orphelin, Caritas…Partage en temps de Carême…), je peux dire que, comme Obélix, je suis gentiment tombée dans cette grande marmite étant petite.

Un fait marquant : une personnalité qui me toucha profondément, Sainte Mère Térésa de Calcutta (26.08.1910-05.09.1997) qui créa la congrégation des « Missionnaires de la Charité » à l’Archidiocèse de Calcutta puis dans toute l’Inde, à Rome, dans toute l’Europe, en Tanzanie puis dans le monde entier…et qui devint prix Nobel de la paix en 1979. Cette missionnaire et toutes ses religieuses en robe et voile blanc avec une lisière bleue, dans les ruelles de Calcutta apportant sourire et réconfort à ses enfants malheureux et abandonnés de l’Inde et dans le monde : m’auront marquée !

Les années d’adolescence passées, mon métier me confrontant au plus près de la misère des populations rurales et de toutes celles qui sont vulnérables et défavorisées… Mon vœu de devenir Religieuse ayant été « gentiment » contrarié (rires) comme je vous l’ai mentionné au début de notre échange, la fondation de mon association a germé et grandi dans ma tête… petit à petit.

Tout ce trajet m’inspira le besoin de devenir une personne qui aide réellement et qui fait du mieux qu’elle peut pour améliorer les vies et diminuer les peines . Un matin, mon époux me dit : « Arrêtes de pleurnicher tout le temps et passes à l’action! »

Et MAHOLA naquit !

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face?

En réalité, je ne vais pas parler de difficultés mais de défis !

Le premier défi : c’est de pouvoir réaliser tous les objectifs que nous nous fixons et mener toutes les actions que nous prévoyons dans l’agenda de l’association ! Il y a tellement à faire et avec notre grand enthousiasme, on veut faire le maximum oubliant que nous ne sommes que des humains…

Le deuxième défi : c’est celui d’éviter toute récupération politique quelle qu’elle soit, les actions de MAHOLA que nous menons dans les villes ou dans les zones reculées du Cameroun sont des actes bénévoles de solidarité et sont entièrement apolitiques.

Le troisième défi : concerne les donations qui sont nombreuses et variées mais qui ne sont pas toujours suffisantes pour tout ce que nous envisageons, dans ces cas, les membres actifs de l’association se trouvent la plupart du temps obligés de mettre la main à la poche, en plus de donner de leur temps, pour que nous puissions à chaque fois atteindre nos objectifs.

Quel est le bilan de vos activités depuis la création de l’association?

Le bilan de notre association est plutôt satisfaisant et encourageant. Cependant, nous avons été ralentis par la pandémie actuelle et avons été obligés de mettre en suspens les activités de MAHOLA pendant toute la période du pic épidémique… Malgré cela nous avons pu mener des actions qui ont eu le mérite de donner du sourire et du baume au cœur aux personnes auxquelles elles étaient dirigées… C’est l’essentiel !

Les plus récentes actions et donations ont été menées notamment envers :

– Des familles et des élèves d’un camp de déplacés internes à Nkappa, près de Dibombari à la frontière avec la zone de conflits actuels en régions anglophones du pays,

– Les élèves d’une école rurale dévastée par les intempéries à NgogMbog

– Des orphelins de la ‘Fondation Petit Dan et Sarah’ dans la ville de Soa près de Yaoundé

– Des enfants et adolescents en situation difficile de la ville de Yaoundé en association avec la Caritas de la Chapelle Saint Jean d’Essos à Yaoundé.

Vous êtes également membre de plusieurs associations, notamment l’Association des Médecins du Cameroun (MEDCAMER)qui est une association qui milite pour l’amélioration des conditions professionnelles des médecins camerounais. Parlez-nous un peu de cette association professionnelle ? Et de ses objectifs ?

L’association  des  Médecins  du  Cameroun  en  abrégé  MEDCAMER  est  une  association professionnelle qui regroupe des Médecins camerounais exerçant au Cameroun et/ou à l’Étranger. Elle a été créée et légalisée depuis le 02 Septembre 2010 à Yaoundé au Cameroun. MEDCAMER n’est pas un parti politique ni un syndicat ni une organisation à but lucratif.

Nous avons pour mission principale de porter très haut l’étendard de la profession, et de faire éclore une nouvelle Génération de Médecins au Cameroun.

Nos objectifs entre autre, sont de redorer le blason de la médecine dans notre pays et de rendre cette médecine efficace à l’échelle nationale et compétitive au niveau international

Nous voulons constituer une plateforme interactive entre les adhérents et contribuer à l’amélioration de la santé des populations. Nous sommes soucieux de l’amélioration, dans tous ses aspects, du cadre d’exercice  quotidien  du  médecin  au  Cameroun,  de  l’épanouissement  et  du  développement  d’une médecine de qualité pour les populations camerounaises.

Vu les défis sans cesse croissants de l’exercice de la Médecine de qualité, nous nous attelons à aménager  un  cadre  de  concertation  pluridisciplinaire  des  médecins  et  leurs  partenaires  autour  des questions globales de la santé des populations avec l’atteinte d’un impact positif sur la mentalité et l’éthique professionnelle au Cameroun.

Nos valeurs partagées par tous les membres de MEDCAMER : 

Altruisme, Professionnalisme, Intégrité et Engagement !

Quelles sont les réalisations à ce jour de cette association?

MEDCAMER existe depuis une décennie et les activités réalisées sont nombreuses nous pouvons

citer notamment :

1. La publication d’un Manifeste le 22 Avril 2016 pour l’amélioration du système de santé reprenant

les principaux dysfonctionnements du système de santé camerounais et proposant des solutions.

2. MedSlide  :  Organisation  de  pré  soutenances  pour  les  étudiants  des  facultés  de  Médecine  du

Cameroun,

3. La négociation d’un contrat d’assurance maladie avantageux pour les médecins et leur famille en Octobre 2020

4. Organisation de Conférences Interdisciplinaires de la Santé (CISa) à Douala en mars 2018 puis les 26-27  avril  2019  sur  le  thème  «  Réduire  la  mortalité  maternelle  et  périnatale:  quels  outils diagnostiques et thérapeutiques? »

5. Des campagnes de santé notamment pour les enfants de la rue à Douala en 2018 (partenariat FOPSO) ; Campagnes d’opération de becs de lièvre, Des dépistages volontaires de la surdité en milieu scolaire, Des soins gratuits pour les détenus à Bertoua, Un Atelier sur les envenimations et la rage en 2017 à Yaoundé…

6. Remise de dons de kits médicaux et d’aliments pour les populations déplacées du Nord-Ouest et du

Sud-Ouest en Juin 2020

7. Campagne de sensibilisation sur le lavage des mains et la promotion de l’utilisation des latrines au

Nord dans le cadre de la lutte contre le Choléra

8. « Sondages auprès des médecins et de la population », en vue du recueil rigoureux de données

représentatives pour publication et plaidoyers divers auprès des institutions

9. Démarches  pour  la  mutualisation  des  efforts  des  organisations  professionnelles  en  faveur  du système de santé…

10.Des actions de mobilisation contre le COVID-19 à savoir :

–  Fabrication de masques de protection Medcamer sur la base du référentiel AFNOR SPEC 576-001

en Mars 2020

–  Acquisition de masques pour le personnel soignant de type FFP2

–  Acquisition d’appareils de ventilation non invasive, oxymètre de pouls et extracteurs d’oxygène

–  Edition d’un manuel  didactique de sensibilisation  conçu  et édité par MEDCAMER SUR LE COVID «Professionnels de santé protégés», Edition 2021 COMED/BCN/MEDCAMER.

En ce moment, nous sommes en pleine préparation de la 3éme Edition de notre annuelle « Conférence Interdisciplinaire et Transversale de la Santé » CITSA, dont l’édition 2021 se tiendra du 14 au 16 octobre 2021 à Douala autour du   thème « Des maladies Infectieuses aux maladies Chroniques Non Transmissibles, les interconnexions mises à jour ».

Peut être une image de ‎une personne ou plus et ‎texte qui dit ’‎PRÉSENTE Association des Médecins du Cameroun 14 au 16 octobre 2021 Hôtel la Falaise Bonanjo Douala CITSA 2021 Conférence Interdisciplinaire et Tranversale de la Santé Des maladies infectieuses aux maladies chroniques non-transmissibles: Les interconnections mises à jour de paiement -20% de réduction si inscription avant 20 août Etudiant:10 000 Fcfa Paramédical: 10 000 Fcfa Médecin généraliste 000 Fcfa Médecin spécialiste:30 000 Fcfa Accès toutes les salles de réunion Pause café et déjeuner citsa2021@medcamer.ora N° secrétariat 691 154 041 אר 505998 041 678 918 071 Congrès scientifique Matinée sportive Retrouvez-noussur: Soirée de gala MedCamerOfficiel medcamer.org‎’‎‎

Est-ce que vous avez l’impression que vos recommandations sont prises en compte par le gouvernement?

Nous sommes en collaboration permanente avec notre tutelle, le Ministère de la Santé Publique du Cameroun, avec laquelle nous travaillons en partenariat institutionnel et académique, pour participer à la mise en œuvre de la Politique de Santé au Cameroun.

Nous sommes une association partenaire pour l’amélioration globale de la pratique de la médecine dans notre pays et dans ce sens nous proposons le maximum de recommandations et essayons d’être efficace en agissant sur le terrain. Notre tutelle nous invite régulièrement à participer à toutes les activités, les consensus et ou les projets qui vont dans ce sens et nous avons donc l’honneur et le privilège d’être une association active reconnue par le MINSANTE dans la mise en place du perfectionnement du statut de la Santé de manière générale. Nous nous rendons disponibles pour toutes les sollicitations et travaillons en synergie avec notre tutelle.

Que pensez-vous des autres solutions mises en place par la Diaspora pour répondre aux problématiques de santé?

Je suppose que vous voulez parler de tous les services d’accompagnement aux soins médicaux à distance et les applications en ligne mises en place dans le domaine médical !?

Ces  services  sont,  en  plus  de  ceux  de  la  diaspora,  développés  par  des  médecins  locaux  et  les collaborations sont nombreuses entre les médecins qu’ils soient « locaux » ou de la diaspora !

Cette interconnexion et ces concertations multidisciplinaires sont l’une des clés de la réussite de telles plateformes.  Une  médecine  de  qualité  doit  se définir  en  faisant  intervenir  de  la  compétence,  des échanges, des concertations et des consensus.

 Nous  pensons  justement  à  MEDCAMER  que  toutes  les  stratégies  bien  pensées  et  surtout  bien implémentée sur le plan pratique sont un atout bénéfique supplémentaire pour améliorer l’accès, le suivi ou la pratique de soins médicaux, du moment où elles sont faites par des professionnels emphatiques et compétents. D’ailleurs, certains des promoteurs de ses services sont des membres-fondateurs de notre association et nous sommes nombreux à MEDCAMER à faire partie de ces différents projets.

Lorsqu’on compare avec certains pays africains, les médecins au Cameroun sont largement sous-payés. Selon vous, quel devrait être le salaire moyen d’un médecin au Cameroun?

Vous posez la bonne question à la mauvaise personne. Moi je suis médecin. Les salaires sont fixés par l’État du Cameroun en fonction de plusieurs facteurs qui dépendent de la santé économique du pays. Il me semble difficile d’envisager que les conditions salariales des médecins s’améliorent si la situation économique du pays est précaire. Ceci doit donc nous interpeller tous pour que nous redoublions d’efforts, chacun en ce qui le concerne pour que les choses changent dans le bon sens.

Cela dit, l’exercice de la Médecine est comme une sorte de sacerdoce, elle implique dévouement et don de soi au service de l’autre. Je pense par conséquent qu’il serait difficile de trouver un salaire correspondant à l’engagement de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui, chaque jour, mettent la vie et la santé de leurs patients au centre de leurs priorités. Quel que soit le pays, le meilleur salaire que le médecin mérite déjà serait de la compréhension, de la reconnaissance et surtout du RESPECT !

Dans l’ouvrage «100 femmes de l’émergence du Cameroun.Troublantes analyses!»,le Pr. Viviane Ondoua Biwole vous cite comme un modèle. Comment avez-vous reçu cette nouvelle?

A  vrai  dire  surprise,  très  surprise,  un  peu  inconfortable  d’être  mise  autant  en  lumière,  je vais  le reconnaître ! Mais quand la Professeure Viviane Ondoua Biwolé et son équipe de rédaction m’ont donné les explications et arguments de ce choix porté sur ma modeste personne, ma trajectoire et mes activités associatives et humanitaires, je m’en suis trouvée émue et surtout très honorée de figurer parmi ces 100 femmes émergentes au Cameroun.

Une telle reconnaissance à votre endroit vous met-elle la pression ou elle est une source de motivation supplémentaire?

En premier…de la pression, on se dit, si nous arrivons à toucher des cœurs et être prise en exemple de motivation ainsi ça veut dire que nous sommes suivie et regardée donc il faut être à la hauteur des attentes et surtout faire mieux ! 

En second… beaucoup de motivation à toujours pousser loin, à ne pas laisser tomber ses rêves et se donner les moyens de toujours réaliser des objectifs que l’on se fixe.

Je vais profiter de cette occasion pour redire MERCI à tous ceux et celles qui ont accepté de me suivre dans cette formidable aventure humaine depuis le début, mon époux, mes parents, mes enfants, mes frères et sœurs, toute ma famille, et tous mes amis, devenus des frères. En toute humilité, c’est grâce à toutes ces belles personnes, leurs conseils, leurs motivations, leurs réprimandes aussi, grâce à tout cela, nous en sommes arrivés à ce point, mais le plus dur reste à faire et le meilleur est à venir ! Nos actions étant purement bénévole, je voudrais réitérer ma reconnaissance à tous nos bienfaiteurs et donateurs… nombreux et toujours prêts à nous soutenir, ce sont tous ses amis, collègues, mécènes, parents qui n’hésitent pas à nous apporter leur appui.

Je remercie spécialement mes collègues et amis de mon service ORL-CCF des Hôpitaux Universitaires de Genève en Suisse et ma deuxième famille de Monterey en Californie (USA). Merci à l’éminente auteure, la professeure Viviane Ondoua Biwole pour son ouvrage, le noble combat pour le leadership féminin et l’exemple qu’elle nous donne, à nous, jeunes générations désirant impacter positivement notre communauté

Quel est le message que vous pouvez donner aux autres femmes?

C’est un message que je répète assez souvent à toutes les conférences ou rencontres que j’anime ou auxquelles je suis invitée, nous devons croire en nous et en nos rêves, avoir confiance en nos capacités et se permettre de rêver très haut pour ne pas réaliser trop bas ; il faut se former et être compétente quel que soit le domaine où nous exerçons. Nous devons prendre conscience des défis qui sont les nôtres et des nombreuses opportunités qui s’offrent à nous. Il faut que nous développions une saine émulation et que nous puissions nous entre motiver.

Nous, Femmes, portons sur nous le lourd poids des traditions ou des préjugés sur plusieurs plans culturel, social, traditionnel ou économique… Mais nous devons les surmonter en essayant d’organiser et d’équilibrer au mieux nos vies professionnelle et familiale. Pour les plus anciennes ou expérimentées d’entre nous, nous devons  être des mentors et accompagner les plus jeunes. Nous devons éviter de passer dans la dérive de l’ultra féminisme en respectant les Hommes et les considérer comme des partenaires, des alliés et non des adversaires.

Charles Binelli

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