Commerçant ambulant : le nouvel uniforme des vacanciers.

Des années qu’on en parle, qu’on s’en offusque, mais le constat est le même. Ne pouvant pas conclure classiquement, nous laissons libre cours au débat : que faut-il faire face à ce phénomène?

C’est la période des vacances scolaires et universitaires au Cameroun et l’orientation qui y est attribuée est inhérente aux familles et aux besoins spécifiques de celles-ci. Selon que l’on se trouve dans une famille ou dans une autre, les activités menées pendant ces mois sont diversifiées. Certains enfants iront passer de longs séjours chez des proches, d’autres en profiteront pour rattraper le gap enregistré au cours de l’année ou s’initier à la pratique de leurs passions (musique, art-martiaux, électronique, mécanique, coiffure etc.) et d’autres encore, plateau en main ou sur la tête, seau rempli de marchandises, mains pleines de vivres et divers accessoires, devront mettre ce temps à profit, en dépit de tous les dangers encourus et au mépris des humeurs de mère nature, pour se faire de l’argent afin d’assister les parents dans le cadre de la préparation de la prochaine rentrée scolaire. De tout âge, des enfants sillonnent les rues des villes ainsi que les voies des marchés, à la recherche de clients potentiels.

Vous l’avez bien lu, le but de ces activités de commerce ambulant menées par des enfants dont l’âge minimum est d’environ 10 ans est d’apporter leur contribution financière à la construction de leur avenir. La conjoncture est de plus en plus rude. Les prix des denrées alimentaires vont crescendo sur les étals. Les  parents disent crouler sous le poids des factures et ont besoin de soutien qu’ils trouvent pour certains auprès de leurs progénitures. Entre plateaux d’arachides bouillis, bonbons, briquets, mouchoirs, cache-nez,  chapeaux de bain, tomates, piments, poulets, gombos pour ne citer que ceux-ci, les rues et davantage les marchés sont bondés de ces vendeurs du dimanche. 

Cette matinée pluvieuse de samedi, nous la passerons avec Laura âgée de 11 ans. Lauréate au CEP, elle assiste sa mère, commerçante au marché Manbanda (Douala-Bonabéri) et enregistre à son compteur 02 ans d’ancienneté. « La pluie ne m’empêche pas de me rendre au marché. J’ai un manteau et des bottes. Je rejoins maman sur le comptoir et l’assiste à héler les clients. Si au cours de la journée le marché est rude, elle dispose tantôt des tomates, du piment, du gombo, du sel ou des épices sur un plateau et je me charge de « tacler ». Je vends jusqu’à 17h et peut terminer la journée avec des sommes allant de 300 à 1500F dépendamment des jours. Ce que je fais est important. Non seulement j’assiste maman mais en plus l’argent que je ramène aidera à préparer ma rentrée ». Sur le chemin pour le marché, nous avons rencontré d’autres enfants, certains plus jeunes que Laura et d’autres déjà adolescents. Les derniers pour la majorité travaillent à leur compte. C’est-à-dire qu’ils ont un capital constitué et décident de l’activité commerciale qu’ils souhaitent mener. Travaillant 6 jours ou 7 jours sur 7, rien n’arrête Laura et ses amis.    

La journée mondiale de l’enfant africain célébrée le 16 juin de chaque année représente l’occasion pour le monde de mener des réflexions sur les droits des enfants, de sensibiliser les parties prenantes sur la situation des enfants en Afrique ainsi que sur leur possibilité à défendre leurs droits, la désapprobation du gouvernement camerounais qui a ratifié de nombreuses conventions sur la protection de l’enfant dont la Convention des Nations Unies relative au droit des enfants ainsi que les sensibilisations menées par le MINAS, ne sont en rien un obstacle à la pratique de ces activités commerciales par les enfants. Ces activités les exposent pourtant, eu égard de l’insouciance, de la naïveté et de l’innocence auxquels ils sont prédisposés à leurs âges, à de nombreux dangers tels que des enlèvements, des accidents mortels de la circulation, des maladies dues aux intempéries, des duperies de clients véreux et autres. 

Les parents, à l’instar de la maman de Laura, interrogés sur leur motivation, présentent comme argument principal leur difficulté à joindre les deux bouts, la pauvreté étant devenue un effet de mode. « Laura ma fille a 11 ans. Je lui permets déjà de se balader dans le marché. Les premières années tel n’était pas le cas. Je ne peux pas intentionnellement exposer mon enfant au danger. Il se trouve qu’à un moment donné nous n’avons pas vraiment d’autres choix que de procéder ainsi. Les temps sont durs et l’argent que ces enfants gagnent nous soulage quand même. Nous les initions aussi à la responsabilité et c’est Dieu qui protège tout un chacun ». Plusieurs autres parents rencontrés dans le marché tiennent ce même discours. Pour d’autres également, « les temps sont difficiles. Je dois apprendre à mes enfants à pêcher afin d’éviter qu’ils ne fassent tout ce que je vois dans les téléphones (indiquant ainsi les dérives des jeunes présents sur internet) ». Chacun y va de son argument, mais toujours est-il que la cause principale est la précarité dans laquelle vivent ces familles. Un fait singulier ; certains de ces enfants ne considèrent pas toujours le fait de mener ces activités comme étant une corvée, mais plutôt comme un moyen d’assistance à leurs parents. Arnold, âgé de 13 ans, confie que mener cette activité lui permet de subvenir à ses besoins en termes de fournitures scolaires à chaque rentrée. Très discret sur le volume de son portefeuille, il affirme gagner en  expérience chaque année et développe petitement ses activités. « Aujourd’hui je gagne bien plus que je ne gagnais il y’a 04 ans et c’est un grand soulagement pour mes parents et constitue pour moi une fierté».    

Le gouvernement camerounais parviendra-t-il à juguler ce phénomène sur la base unique des sensibilisations déjà pas très répandues? Ne faudrait-il pas s’attaquer au problème dès son essence ? En outre, est-ce que les conditions difficiles de vie pourraient justifier l’acte de ces parents qui abandonnent leurs enfants à la merci de dangers divers ? Ne pouvant pas éradiquer ce phénomène totalement, serait-il possible de l’encadrer ou alors de le restreindre à partir d’un certain âge ? De nombreuses questions se posent quand on prend en considération les différents aspects de la société dans laquelle on vit. Des années qu’on en parle, qu’on s’en offusque, mais le constat est le même. Ne pouvant pas conclure classiquement, nous laissons libre cours au débat : que faut-il faire face à ce phénomène?   

Danielle Nganou

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