La bataille des vaccins du Covid-19 au Cameroun

Le Cameroun est aujourd’hui au centre d’une grande convoitise de la part de nombreuses multinationales pharmaceutiques qui cherchent par tous les moyens de gagner le marché de la distribution du vaccin contre la Covid-19.

Depuis l’annonce de la mise en place d’un vaccin pour immuniser les populations camerounaises contre la Covid-19. De nombreuses voix sont montées au créneau pour faire entendre leur désapprobation par rapport à ce projet qu’il juge peu fiable. Pas parce que l’idée d’un vaccin pose un problème en soi, mais parce que la plupart des vaccins qui ont été développés à ce jour n’ont pas prouvé leur fiabilité. Le gouvernement camerounais qui s’était d’abord montré réticent dans un premier temps à l’idée de faire usage des vaccins sur son territoire à finir par revoir sa position. Sans perdre le temps, il a joint la parole à l’acte en réceptionnant 200000 doses de vaccin de Sinopharm.

Ce don de la chine a été réceptionné le 11 avril 2021 à l’aéroport de Nsimalen par une délégation de ministres conduit par le premier ministre, chef du gouvernement John Ngute. Par la suite, le ministre de la santé publique, Manaouda Malachie ainsi qu’un bon nombre de personnes ont reçu leur première dose du vaccin. L’opération s’est déroulée devant les médias qui retransmettaient les images en direct. La priorité a été donnée au personnel de la santé. Seulement, ce coup de communication qui était censé rassurer les populations a plutôt produit l’effet inverse.

En cause, la vidéo montrant le ministre de la santé entrain de recevoir le vaccin a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Il n’a pas fallu attendre plus longtemps pour voir certaines personnes crier à une mascarade. Cela s’appelle de l’infodémie. Dans les colonnes du magazine Jeune Afrique Finance, Julie Owono, une avocate camerounaise qui lutte contre les fake news au sein du conseil de surveillance de Facebook a apporté son avis sur la question. La directrice de l’ONG Internet sans frontières parle de la vague de fausses nouvelles qui sont colportées par des personnes à la recherche du buzz ou pour se faire de l’argent. Une situation qui a davantage accentué la méfiance des usagers.

Aujourd’hui les avis sont divisés entre ceux qui sont pour la vaccination et ceux qui sont contre. D’ailleurs pour la majorité des camerounais, le débat sur la question de la vaccination n’a pas lieu d’être tant qu’il existera encore des zones d’ombre sur l’efficacité des vaccins. Beaucoup pensent que c’est une autre stratégie mise en place par les européens pour exterminer les africains.

Du moins c’est le sentiment qui est de plus en plus partagé au sein des populations camerounaises. Elle ne fait pas confiance à ces vaccins, préférant se tourner vers la médecine traditionnelle qu’elle trouve appropriée. Cela ne sera pas facile de les faire changer d’avis de sitôt.

Le cas du vaccin Astra Zeneca qui sera finalement utilisé au Cameroun en est un exemple. Certaines données cliniques ont révélé que son efficacité oscillerait entre 60 % et 79 %. Et que pour ce qui est des effets secondaires, certaines personnes qui ont été vaccinées ,souffraient des syndromes pseudo-grippaux. D’autres effets secondaires du vaccin ont été démontrés, mais pour l’Agence Européenne de médicaments ( EMA) ces effets ne sont pas de nature à remettre en question la crédibilité du vaccin. Malgré les discours qui sont relayés pour calmer l’inquiétude des populations, la démarche est loin de porter ses fruits.

Au niveau de l’OMS, même s’il est précoce d’exiger les résultats du vaccin, il y a un espoir au regard du nombre de personnes qui développent une réponse immunitaire pendant un certain temps. En gros, ce qui se passe actuellement c’est une forme de test grandeur nature pour voir l’efficacité des différents vaccins. C’est sur le long terme que l’on pourra évaluer les vertus des vaccins. Mais pour l’instant, il faut le dire c’est le tâtonnement, puisqu’à chaque fois le virus se mute et devient plus résistant. Plus d’un million de vaccins de la firme Suédo-anglaise vont être livrés au Cameroun par la Covax.

C’est une plateforme réunissant l’Organisation mondiale de la santé, l’Alliance mondiale du vaccin (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies. Ce dispositif a été mis sur pied pour soutenir les pays défavorisés ou plutôt qui peineraient à faire face à la pandémie. À la suite du vaccin chinois Sinopharm ou encore de l’AstraZeneca, d’autres marques de vaccins comme Pfizer/BioNtech, Moderna, AstraZeneca et Janssen/Johnson&Johnson vont être envoyés au Cameroun. Ce bal des sociétés pharmaceutiques qui veulent à tout prix positionner leur vaccin laisse vraiment songeur à une guerre froide de lobbying qui se joue au Cameroun.

Il y a visiblement une guerre autour du vaccin de la Covid-19 à laquelle se livre les grandes puissances. À travers les firmes pharmaceutiques qui se déploient massivement, on voit bien qu’il y a une course pour le contrôle du marché du vaccin qui est énorme. En terme de revenu, on est sur une affaire de milliard de dollars. Certains médias participent à ce jeu macabre en balançant des informations sur la base de l’intox pour discréditer un vaccin par rapport à l’autre. De grandes campagnes de communication sont mises en œuvre pour répandre le doute dans la conscience des populations qui sont déjà désemparées par la situation sanitaire qui dicte sa loi.

Si il y a bien des fake news autour de la Covid-19 et même des vaccins aujourd’hui. C’est parce que ceux-ci sont entretenus par des personnes tapies dans l’ombre qui veulent voir leur produit dominer le marché.  Au milieu de ce chaos, certains pays africains assistent impuissamment à cette guerre des éléphants.  Du côté du Nigeria, le gouvernement a débloqué la somme de 25 millions de dollars pour financer les travaux de recherche qui mèneront à la fabrication d’un vaccin national.

Pour éviter d’être face à une pénurie, comme ce fut le cas avec les vaccins qui ont été bloqués en Inde, parce que le pays producteur du vaccin AstraZeneca a décidé d’utiliser d’abord les vaccins sur sa population au regard de nombreux cas de virus qui ont été signalés. Du coup, sur les 16 millions de doses attendues, le pays le plus peuplé d’Afrique n’a que reçu 4 millions. Si les résultats de ce vaccin sont concluants, le Nigeria compte le commercialiser dans la sous-région. Un trouble-fête pour les grosses firmes étrangères. 

Si l’exemple du Nigeria est à saluer, il permet également de poser un regard sur la politique du Cameroun en matière de recherche scientifique. Pourtant, l’on se souvient encore qu’aux premiers signaux de la maladie, de nombreuses initiatives ont été mises pour préparer la riposte contre la Covid-19. Qu’est-ce qui justifie donc que rien n’ai été fait jusqu’ici ?  

Charles Binelli

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